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Hector Zazou
© Dimiter

Portrait de: Hector Zazou

Pierre Job, alias Hector Zazou, naît le 11 juillet 1948 à Sidi Ben Abbès, en Algérie et y vit pendant une dizaine d’années, avant d’aller habiter en France.

Hector Zazou, un nom d'artiste choisi en référence aux fans de jazz afro-américains, à l'époque où la musique prenait un sens tout à la fois identitaire et intégrationniste, pour un homme qui s'attache à ses effets intrinsèques : « A quoi sert la musique, s'exclamait-il, si ce n'est à changer le monde ? ». Il devient facilitateur de rencontres métissées, en même temps que celui qui aime à déterritorialiser ses compositions pour les entraîner dans un rhizome d'imaginaires où chacun semble trouver sa place.

Il commence à se faire connaître à la fin des années 70 lorsque, avec Joseph Racaille, il initie le projet ZNR, une musique impressionniste à base de free rock déjanté (Barricade 3, 1976). Hector Zazou dévoile son génie précurseur. Touche-à-tout prêt à transcender les limites de son époque, il crée de nouvelles formes musicales.

Après le rock, il s'intéresse à l'Afrique. Avec le Congolais Bony Bikaye, il concocte une musique novatrice entre traditions africaines et rythmes électros, Noir et Blanc (1982), fruit d'une union insolite à la croisée de ces deux univers. En 1992, l'album Les nouvelles polyphonies corses lui vaut une Victoire de la Musique. Aux chants séculaires de l'île française, il associe cette fois le talent du Camerounais Manu Dibango, du Japonais Ryuichi Sakamoto, de l'Américain John Cale, etc…

La même année, Gérard Depardieu et Khaled prêtent leur voix à des textes d'Arthur Rimbaud pour un Sahara Blue audacieux ; en 1995, Björk et Suzanne Vega interprètent les Chansons des mers froides où la tradition côtoie de nouveau la modernité électro ; en 1998, Zazou s'intéresse aux chants religieux et rituels irlandais avec le non moins infatigable Peter Gabriel et le musicien gaélique Carlos Nuňes (Lights in the dark). En 2001 dans 12, (Las Vegas is cursed), il se concentre sur la texture sonore, et pousse plus après sa volonté « d'appréhender les notes par un processus de grossissement de certains éléments » (1) alors que Sandy Dillon lui offre sa force vocale.

S'il est compositeur pour cordes, voix, vents, synthétiseurs, Zazou est également réalisateur. Pour Real World, il fait enregistrer la vocaliste tibétaine Yungchen Lhamo et l'Ouzbek Sevara Nazarkhan. Il écrit par ailleurs des musiques de films, celle de La Passion de Jeanne d'Arc de Carl-Théodore Dreyer (2003), de Nanouk l'Eskimo de Robert Flaherty (2004), de Djanga de Tassere Ouedraogo (2007).

Enfin pour l'album In the house of mirrors, Hector Zazou réunit quatre instrumentistes classiques venus d'Inde et d'Ouzbékistan, ainsi que Diego Amador, Carlos Nuňes, Zoltan Lantos et Nils Petter Molvaer. Ce disque sort à titre posthume, en octobre 2008.

« Créer, c'est créer sa langue et le monde qui va avec » disait-il. L'électron libre de l'exploration sonore s'est éteint le 8 septembre 2008, laissant derrière lui une œuvre éclectique, comme des parcelles de son monde singulier.

 

(1) Citation extraite de la dernière interview d'Hector Zazou, réalisée par Eliane Azoulay pour www.telerama.fr

Emmanuelle Eymard




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